Putain d'usine (2012, Physalis)

Publié le par Miss Blandish

Putain d'usine (2012, Physalis)

Cette BD est une adaptation du roman éponyme de Jean-Pierre Lavaray (Editions Libertalia, 2010). Elle se compose de dix-sept saynètes retraçant le quotidien éprouvant d’un ouvrier en 3/8 et ses réflexions sur cette vie professionnelle. Décrivant les conditions de travail dans son usine chimique classée SEVESO, il délivre un propos fataliste, avec des histoires de prolétaires parsemées d’observations fines. La traduction graphique est remarquable. Le dessinateur Efix exploite habilement le clair-obscur pour « coller » à l’ambiance cafardeuse du récit. Dans le même temps, il parvient à conserver l’attention du lecteur en jouant avec les cases (les dupliquant ou les éclatant) et en nous offrant une impression de familiarité avec les personnages grâce à son trait de crayon gai et dynamique.

Une exploitation de certaines planches peut être envisagée pour l’étude de la sécurité en milieu industriel, les maladies professionnelles, les risques psycho-sociaux. Un autre aspect me semble aussi intéressant. C’est le rapport au travail de l’auteur. Le moins qu’on puisse dire est que l’auteur l’abhorre. Un dicton castillan est d’ailleurs mis en relief dans l’album : « Si le travail était une bonne chose, les riches se le garderaient pour eux. » Héritée des penseurs grecs et latins, cette approche a été mise à mal par des philosophes modernes, tels Simone Weil, que l’on ne peut pas accuser de faire le jeu du capitalisme. Examinée par Pierre-Yves Gomez dans son ouvrage « Le Travail Invisible : enquête sur une disparition » (François Bourin Editeur, 2013), cette logique fascinante serait à l’origine d’un certain nombre de maux qui rongent notre société. Un beau débat en perspective…

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